Le collectionneur

Ce travail est issu d’un projet ancien, inspiré par l’œuvre d’August Sander, qui devait répertorier des pratiques qui nous ramènent au passé et à un milieu rural, telles que le chabrol, la vannerie, le magnétisme… Il était né à la lecture du texte « Expérience et Pauvreté » de Walter Benjain, lequel décrit la perte de la transmission de l’expérience entre les générations suite à l’expérience de la première guerre mondiale et de son changement technologique radical. Ceci faisait écho à l’impossibilité de faire cohabiter les différents récits et expériences historiques qui traversent notre famille aujourd’hui ; il y a en effet un vertige entre l’expérience de pratiques issues d’un passé rural et l’expérience des nouveaux médias. Il y a des histoires impossibles à convoquer au sein de la famille, des tabous, qui habitent pourtant le récit national. Et enfin, l’expérience de la famille n’existe plus aujourd’hui, selon le mainstreaming, elle renverrai à une conception passéiste de la société. Dans les faits, peut-être pour certains d’entre nous seulement, cette expérience continue d’exister, mais il nous semble qu’elle n’existe que comme un à côté.
Nous nous sommes premièrement intéressé à la pratique du collectionneur, ici le collectionneur de moteurs agricoles. Nous penserons plus bas une théorie de cette pratique. Néanmoins il nous semble que ce qui a fasciné le petit Loïs, c’est à la fois cet attachement à une période du passé, ce désir de travailler à restituer en quelque sorte une vision de ce passé, et en même temps cet acte d’abstraction, de réduction des moteurs à leur essence : c’est-à-dire de les extraire de leur contexte original pour ne restituer que leur fonction pure : créer le mouvement. Et l’histoire du mouvement c’est aussi une certaine histoire de l’art, de la représentation du cheval au cinéma. Nous voilà donc chutant une nouvelle fois dans l’escalier de l’histoire.

Dominique Issartier et Reviviscence

Dominique Issartier collectionne les anciens moteurs agricoles. Nous l’avions rencontré en 2013 pour réaliser son portrait et un documentaire mais cela n’a pas abouti.
Reviviscence est un artiste qui réalise des installations sonores en utilisant du matériel daté, travaillant ainsi l’esthétique de l’obsolescence.
En 2016, Reviviscence récupère les images que nous avions filmé sur mini bande DV pour monter une installation sonore sur plusieurs téléviseurs cathodiques, utilisant les enceintes intégrées à ces appareils usités comme source sonore.

Sur le collectionneur

Le collectionneur est d’abord quelqu’un qui cherche la pièce particulière qui s’intégrera à sa collection. Mais il lui arrive parfois d’accepter aussi les pièces imprévues qui s’offrent à lui et qui ne se destinaient pas à priori à rejoindre ses autres pièces. C’est le travail premier : la recherche de matériaux qui participent d’une histoire en particulier.

Ensuite il se fait réparateur, il essaie de refaire marcher ses machines, il cherche à comprendre les pannes, il doit même parfois trouver des solutions alternatives pour remplacer certaines pièces défectueuses. Il doit aussi chercher les carburants.
C’est un travail anachronique, il tente de les « ramener à la vie » sans pour autant endosser le rôle du mécanicien de l’époque : il les retape, c’est un acte amateur. Il les réactualise, il les refait marcher dans le présent.

Puis il repeint ces moteurs aux couleurs d’origine et achète des reproductions des autocollants originaux. L’idée est de restituer ces moteurs dans leur forme d’origine, pour que grâce à leur vision, au son qu’ils produisent ou à leur contact on puisse se projeter dans le passé auquel ils appartiennent. Remarquons néanmoins qu’ils opèrent comme fragments ; ils nous évoquent un certain passé sans que l’on puisse l’identifier avec clarté.

Enfin il les expose lors d’événements publics dans des sortes de performances : pour être mis en action, ces moteurs nécessitent une activation physique importante. Il ne revêt pas de costume particulier et ces moteurs sont la plupart du temps isolés de leur fonction passée qui était d’activer des machines outil. Il les montre en mouvement, il réduit donc ces fragments à leur essence : la création du mouvement.

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Pour conclure, la collection répond peut-être à un besoin de se représenter et de se réapproprier l’histoire. Elle consiste en la recherche de fragments peut-être anecdotiques d’une histoire en particulier — ici la longue histoire du mouvement— mais qui possèdent toutefois un fort pouvoir d’évocation de ce passé. Cela nous permet de rendre des éléments de cette histoire de façon plus proche. Ensuite ces fragments sont traités de façon à maximiser ce pouvoir d’évocation et peuvent être mis en situation. Ce travail aboutit systématiquement en une réduction à l’essence de l’histoire qui veut être convoquée par le collectionneur. C’est sans doute une tentative de faire histoire à travers ces fragments, une histoire sans parole ni discours posé à posteriori, et de créer un espace et un temps où l’on puisse entrer en contact direct avec le passé. L’abstraction de ces pièces de leur contexte à sûrement pour but de proposer une expérience directe de l’histoire en question, malgré l’impossibilité de le faire.

 

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